"Notre livre, après bien d'autres, pose une question cruciale : cette complexité croissante que nous percevons tout au long de l'histoire de l'univers est-elle viable ? Quinze milliards d'années d'évolution pour l'avènement d'un être capable de découvrir l'origine de l'univers dont il est issu, de déchiffrer le comportement des atomes et des galaxies, d'explorer le système solaire, de mettre à son service les forces de la nature, mais incapable de se mobiliser pour empêcher sa propre élimination ! Voilà en résumé le drame auquel nous sommes confrontés aujourd'hui. [...]
Dans la tempête, quand le navire menace de sombrer, les marins, oubliant leurs conflits et leurs querelles, s'unissent pour tenter de sauver le navire. La mobilisation humaine qui prend de l'essor aujourd'hui à l'échelle planétaire est déjà un élément positif de la crise contemporaine.
Prendre conscience de cette insertion des êtres humains dans cette odyssée cosmique donne un sens profond à l'existence. Après la disparition des idéologies sociales du XXe siècle, cette nouvelle cause est susceptible d'engendrer de nouveaux dynamismes, en particulier chez les jeunes. Elle provoquera, espérons-le, une prise de conscience de notre identité de Terriens, bien au-delà des nationalismes, des racismes et des sexismes.
La complexité et l'intelligence peuvent être viables. Cela dépend de nous ! C'est là un message capital pour les générations à venir."
Hubert Reeves, Mal de Terre, "épilogue".
Showing posts with label A: Reeves Hubert. Show all posts
Showing posts with label A: Reeves Hubert. Show all posts
Sunday, September 14, 2008
Thursday, September 11, 2008
Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes !
Allez, encore un bon mythe néoconservateur à casser.
À la question de Frédéric Lenoir :
"Pour en revenir à la pauvreté dans le monde, je voudrais faire une nouvelle fois allusion au livre du Danois Bjorn Lomborg1, qui affirme que tout va mieux sur la terre, que la pauvreté a plus régressé au cours des cinquante dernières années que dans les cinq derniers siècles et que, pour preuve, l'espérance de vie sur la planète est passée de 30 à 67 ans au cours du XXe siècle. Ces stastiques ne viennent-elles pas contredire le cri d'alarme contre l'accroissement de la misère dont vous vous faites l'écho ?"
Hubert Reeves répond:
"Un immense fossé s'est creusé entre les pays du Nord et ceux du Sud et, au sein même de ces régions, entre les plus riches et les plus pauvres. On ne souffre plus de famine en Europe ni en Amérique du Nord, les soins médicaux se sont améliorés et, en conséquence, l'espérance de vie s'est considérablement allongée.
Telle n'est pas la situation dans bien d'autres pays du monde. Faute de soins et de vaccinations2, 11 millions d'enfants de moins de 5 ans succombent chaque année3.
Une épidémie comme celle du sida illustre bien ce propos4. Tandis qu'elle cause de moins en moins de décès en Occident, grâce à l'usage de médicaments appropriés, on va vers une gigantesque hécatombe en Afrique, dans certains pays d'Asie - notamment en Chine - et dans l'ex-URSS. Autant de régions où les populations n'ont pas accès aux thérapies coûteuses qui permettraient de sauver des centaines de millions de vies. Résultat : dans les régions défavorisées, l'espérance de vie des humains diminue depuis une décennie, en particulier en Afrique, où elle est maintenant de 45 ans5, et dans l'ex-Union soviétique. [...]
En Afrique équatoriale le nombre d'enfants affamés s'est accru au cours des deux dernières décennies6. On prévoit que, en 2025, cinq des huit milliards d'humains souffriront de maladies engendrées par la pollution de l'eau et que vers 2050 plus de 50% de la population sera passée en deçà du seuil de pauvreté. On voit se profiler un avenir où une population de plus en plus réduite, profitant d'un luxe toujours plus grand, se barricadera en ghettos aseptisés et armés contre une population immense de déshérités qui tentera de survivre et de lutter contre la faim et la maladie dans un environnement toujours plus dégradé... [...]
Le grand défi, auquel l'humanité est aujourd'hui confrontée, c'est de mettre en oeuvre un développement économique durable qui ne laisse pas au bord de la route des populations entières du globe et qui respecte les équilibres naturels de la Terre. C'est loin d'être impossible : cela demande simplement une volonté politique concertée des États industrialisés."
1. Bjorn Lomborg, The Skeptikal Environnementalist. Measuring the Real State of the World, Cambridge University Press, 2001.
2. Selon la World Health Organization, seulement 5% des dépenses de recherche biomédicale portent sur les maladies affectant 95% des gens pauvres.
3. Rapport du Programme des Nations unies pour le développement, Cedres, 2001.
4. "AIDS erodes decades of progress", Vital Signs, 2001.
5. Autour de 45 ans au lieu de 67 ans en moyenne, et en baisse depuis 1990; voir "Life expectancy in Africa", Vital Signs, 1999, p. 100.
6. Mai 2002 : le Programme des Nations unies pour l'environnement publie son "Troisième rapport sur l'avenir de l'environnement mondial".
Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Le spectre de la misère planétaire".
À la question de Frédéric Lenoir :
"Pour en revenir à la pauvreté dans le monde, je voudrais faire une nouvelle fois allusion au livre du Danois Bjorn Lomborg1, qui affirme que tout va mieux sur la terre, que la pauvreté a plus régressé au cours des cinquante dernières années que dans les cinq derniers siècles et que, pour preuve, l'espérance de vie sur la planète est passée de 30 à 67 ans au cours du XXe siècle. Ces stastiques ne viennent-elles pas contredire le cri d'alarme contre l'accroissement de la misère dont vous vous faites l'écho ?"
Hubert Reeves répond:
"Un immense fossé s'est creusé entre les pays du Nord et ceux du Sud et, au sein même de ces régions, entre les plus riches et les plus pauvres. On ne souffre plus de famine en Europe ni en Amérique du Nord, les soins médicaux se sont améliorés et, en conséquence, l'espérance de vie s'est considérablement allongée.
Telle n'est pas la situation dans bien d'autres pays du monde. Faute de soins et de vaccinations2, 11 millions d'enfants de moins de 5 ans succombent chaque année3.
Une épidémie comme celle du sida illustre bien ce propos4. Tandis qu'elle cause de moins en moins de décès en Occident, grâce à l'usage de médicaments appropriés, on va vers une gigantesque hécatombe en Afrique, dans certains pays d'Asie - notamment en Chine - et dans l'ex-URSS. Autant de régions où les populations n'ont pas accès aux thérapies coûteuses qui permettraient de sauver des centaines de millions de vies. Résultat : dans les régions défavorisées, l'espérance de vie des humains diminue depuis une décennie, en particulier en Afrique, où elle est maintenant de 45 ans5, et dans l'ex-Union soviétique. [...]
En Afrique équatoriale le nombre d'enfants affamés s'est accru au cours des deux dernières décennies6. On prévoit que, en 2025, cinq des huit milliards d'humains souffriront de maladies engendrées par la pollution de l'eau et que vers 2050 plus de 50% de la population sera passée en deçà du seuil de pauvreté. On voit se profiler un avenir où une population de plus en plus réduite, profitant d'un luxe toujours plus grand, se barricadera en ghettos aseptisés et armés contre une population immense de déshérités qui tentera de survivre et de lutter contre la faim et la maladie dans un environnement toujours plus dégradé... [...]
Le grand défi, auquel l'humanité est aujourd'hui confrontée, c'est de mettre en oeuvre un développement économique durable qui ne laisse pas au bord de la route des populations entières du globe et qui respecte les équilibres naturels de la Terre. C'est loin d'être impossible : cela demande simplement une volonté politique concertée des États industrialisés."
1. Bjorn Lomborg, The Skeptikal Environnementalist. Measuring the Real State of the World, Cambridge University Press, 2001.
2. Selon la World Health Organization, seulement 5% des dépenses de recherche biomédicale portent sur les maladies affectant 95% des gens pauvres.
3. Rapport du Programme des Nations unies pour le développement, Cedres, 2001.
4. "AIDS erodes decades of progress", Vital Signs, 2001.
5. Autour de 45 ans au lieu de 67 ans en moyenne, et en baisse depuis 1990; voir "Life expectancy in Africa", Vital Signs, 1999, p. 100.
6. Mai 2002 : le Programme des Nations unies pour l'environnement publie son "Troisième rapport sur l'avenir de l'environnement mondial".
Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Le spectre de la misère planétaire".
Labels:
A: Lomborg Bjorn,
A: Reeves Hubert,
Africa,
health,
justice,
poverty
Wednesday, September 3, 2008
Une espèce parmi tant d'autres
"Les vivants existent de leur plein droit et n'ont pas à se justifier d'exister. Les expressions « espèces nuisibles » et « mauvaises herbes » ne sont que le reflet d'un préjugé séculairement ancré dans la Genèse* que les plantes et les animaux sont là pour nous servir ou nous réjouir et que nous avons sur eux un droit discrétionnaire. En réalité, nous ne sommes qu'une espèce parmi tant d'autres, et, face aux disparitions dont nous sommes responsables, nous mériterions vraiment le qualificatif d'espèce nuisible à l'harmonie et à la préservation de la biodiversité."
* Genèse (I, 26-30)
Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Les animaux, nos frères".
* Genèse (I, 26-30)
Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Les animaux, nos frères".
Tuesday, September 2, 2008
Nos amis les animaux
"Je suis le frère en Dieu de tout ce qui vit, de la girafe et du crocodile, comme de l'homme, et le concitoyen de tout ce qui habite le grand hôtel garni de l'univers."
Gustave Flaubert, cité par Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Les animaux, nos frères".
Gustave Flaubert, cité par Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Les animaux, nos frères".
Labels:
A: Flaubert Gustave,
A: Reeves Hubert,
animals,
wisdom
Monday, September 1, 2008
Nucléaire : la solution miraculeuse ?
À la question de Frédéric Lenoir:
"Tout bien considéré, le nucléaire n'apparaît-il pas comme la meilleure solution présente, dans la mesure où il ne participe pas au réchauffement de la planète ?"
Hubert Reeves répond:
"Effectivement, le nucléaire semble à première vue le moyen idéal pour résoudre à la fois le problème de l'énergie et celui du réchauffement. J'ai d'ailleurs été naguère un ardent défenseur de ce mode d'énergie. Pourtant je vais expliciter mes réticences et essayer de montrer qu'à mon avis c'est une mauvaise solution, dont il faudrait se passer le plus vite possible. [...]
Pendant des années j'ai continué à penser que l'énergie nucléaire civile était vraiment l'énergie de l'avenir et que les problèmes techniques seraient rapidement résolus (la « fuite en avant » : une attitude qui a joué et qui continue à jouer un grand rôle chez les protagonistes du nucléaire). [...] Car les problèmes posés par ce mode d'extraction de l'énergie se sont révélés beaucoup plus coriaces que prévu. Je me suis peu à peu rendu compte que l'humanité se lançait dans une technologie que personne ne maîtrisait : ni le problème des déchets ni les conséquences d'un accident majeur.
Mais ce qui me paraît le plus préoccupant, c'est l'hypothèque qu'il fait peser sur nos enfants et petits-enfants. Entre la construction des centrales, leur démantèlement et la désactivation des déchets nucléaires, il peut se passer de nombreuses décennies, voire plusieurs siècles.
Or, aucun pays aujourd'hui ne peut être assuré d'une stabilité économique à l'échelle de siècles ou même de décennies. Les empires finissent toujours par s'effondrer. Prenons comme exemple le cas de l'Argentine, prospère jusqu'aux années 1930 et aujourd'hui en pleine débâcle économique. Qui dans ce pays pourrait aujourd'hui payer pour le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des noyaux radioactifs à longue vie ? Le krash de 1929 a montré la fragilité des économies mondiales à l'échelle de quelques mois. Et imaginons qu'à la place des pyramides les Égyptiens aient bâti des réacteurs et que dans les souterrains de Gizéh et de Carnac soient stockées d'immenses quantités de matériaux radioactifs. Qui s'en serait occupé après l'écroulement de l'Empire égyptien ?
Le nucléaire, c'est « après nous le déluge ! » ou, si vous préférez, « profitons-en maintenant et laissons nos descendants payer la note s'ils en sont encore capables ». Et l'idée que d'autres industries en font autant n'est guère une excuse acceptable."
Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Quelles énergies pour demain ?".
"Tout bien considéré, le nucléaire n'apparaît-il pas comme la meilleure solution présente, dans la mesure où il ne participe pas au réchauffement de la planète ?"
Hubert Reeves répond:
"Effectivement, le nucléaire semble à première vue le moyen idéal pour résoudre à la fois le problème de l'énergie et celui du réchauffement. J'ai d'ailleurs été naguère un ardent défenseur de ce mode d'énergie. Pourtant je vais expliciter mes réticences et essayer de montrer qu'à mon avis c'est une mauvaise solution, dont il faudrait se passer le plus vite possible. [...]
Pendant des années j'ai continué à penser que l'énergie nucléaire civile était vraiment l'énergie de l'avenir et que les problèmes techniques seraient rapidement résolus (la « fuite en avant » : une attitude qui a joué et qui continue à jouer un grand rôle chez les protagonistes du nucléaire). [...] Car les problèmes posés par ce mode d'extraction de l'énergie se sont révélés beaucoup plus coriaces que prévu. Je me suis peu à peu rendu compte que l'humanité se lançait dans une technologie que personne ne maîtrisait : ni le problème des déchets ni les conséquences d'un accident majeur.
Mais ce qui me paraît le plus préoccupant, c'est l'hypothèque qu'il fait peser sur nos enfants et petits-enfants. Entre la construction des centrales, leur démantèlement et la désactivation des déchets nucléaires, il peut se passer de nombreuses décennies, voire plusieurs siècles.
Or, aucun pays aujourd'hui ne peut être assuré d'une stabilité économique à l'échelle de siècles ou même de décennies. Les empires finissent toujours par s'effondrer. Prenons comme exemple le cas de l'Argentine, prospère jusqu'aux années 1930 et aujourd'hui en pleine débâcle économique. Qui dans ce pays pourrait aujourd'hui payer pour le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des noyaux radioactifs à longue vie ? Le krash de 1929 a montré la fragilité des économies mondiales à l'échelle de quelques mois. Et imaginons qu'à la place des pyramides les Égyptiens aient bâti des réacteurs et que dans les souterrains de Gizéh et de Carnac soient stockées d'immenses quantités de matériaux radioactifs. Qui s'en serait occupé après l'écroulement de l'Empire égyptien ?
Le nucléaire, c'est « après nous le déluge ! » ou, si vous préférez, « profitons-en maintenant et laissons nos descendants payer la note s'ils en sont encore capables ». Et l'idée que d'autres industries en font autant n'est guère une excuse acceptable."
Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Quelles énergies pour demain ?".
Sunday, August 31, 2008
Destruction
"Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent."
F. R. de Chateaubriand, cité par Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Qu'est-ce qu'on va manger ce soir ?".
F. R. de Chateaubriand, cité par Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Qu'est-ce qu'on va manger ce soir ?".
Labels:
A: Chateaubriand F. R. de,
A: Reeves Hubert,
ecology
Wednesday, August 27, 2008
Ils sont fous ces économistes !
"Mon premier contact avec le problème de la consommation d'énergie globale remonte à la fin des années 1950. L'un de nos enseignants, Philip Morrison, professeur de physique à l'université Cornell aux États-Unis, est arrivé brandissant, furieux, une copie du New York Times : « Ils sont complètement inconscients ces économistes : ils annoncent fièrement la progression prodigieuse et prolongée du produit national brut de la nation. À ce taux, disent-ils, nous doublerons notre consommation d'énergie à l'échelle mondiale en moins de dix ans ! Ils n'ont pas l'air de réaliser qu'à ce rythme nous consommerons dans cent cinquante ans autant d'énergie que le Soleil et dans mille ans autant que toutes les galaxies de l'univers ! »
Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Quelles énergies pour demain ?"
Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Quelles énergies pour demain ?"
Monday, August 25, 2008
Des prophètes de malheurs
À la question suivante de Frédéric Lenoir:
"Il y a dans l'histoire une longue tradition de cassandres et de prophètes de malheurs. Ne craignez-vous pas d'être assimilés à ces annonciateurs d'apocalypse imminente ? Les cris d'alarme lancés aujourd'hui par vous et par d'autres ne sont-ils pas un couplet de plus dans cette longue litanie ? Sont-ils vraiment fondés sur des faits bien établis ?",
Hubert Reeves répond:
"C'est la question que nous devrons garder à l'esprit tout au long de ces chapitres. Nous essaierons d'estimer au plus juste le degré de crédibilité de ces assertions. Le devoir du scientifique est de jauger avec un esprit critique la mesure des menaces actuelles et de présenter les résultats et leurs éléments de preuve avec la plus grande prudence.
Nous ferons grand cas de ce qu'on appelle le « principe de précaution* ». Doit-on, en effet, attendre d'avoir la preuve complète et irréfutable de l'existence d'un danger pour le prendre au serieux ? Si vous voyez de la fumée dans votre cuisine, vous vous alarmerez avant d'avoir la certitude absolue qu'il y a le feu...
Incidemment, on peut constater que les prévisions alarmistes du passé, même lorsqu'elles se sont révélées exagérées ou erronées, ont souvent joué un rôle utile. Leurs signaux d'alarme ont largement contribué à réduire l'ampleur des catastrophes annoncées.
Prenons par exemple les alarmes concernant l'avenir de la biosphère. La prise de conscience de ce problème remonte au début des années 1960. Dans un livre célèbre, The Silent Spring, Rachel Carson exprimait les plus vives inquiétudes face à l'utilisation massive d'un nouveau pesticide, le DDT, qui allait selon elle exterminer les oiseaux et empoisonner des millions de personnes.
En 1968, selon Lamont Cole, écologiste à l'université Cornell, la combustion des carburants fossiles allait réduire l'oxygène atmosphérique au point de rendre l'air irrespirable.
Dans son livre The Population Bomb, publié en 1968, Paul Erlich annonçait que le smog (pollution atmosphérique créé par la combustion du charbon) allait tuer des dizaines de milliers de personnes, que l'Inde allait subir des famines massives et qu'avant l'an 2000 les eaux des océans seraient toxiques et vides de poissons.
Ces catastrophes, fort heureusement, ne se sont pas produites telles qu'annoncées. Mais ces déclarations ont joué un rôle important pour la suite des événements. En partie grâce au livre de R. Carson, l'emploi du DDT a été largement interdit, même si ses effets sont encore présents. Cole se trompait: brûler les carburants ne réduit pas l'oxygène de l'air, mais engendre l'effet de serre et réchauffe la planète. Son alerte a eu l'effet heureux de soulever cet autre problème, d'une extrême gravité. Les famines indiennes annoncées par P. Erlich ont été évitées grâce à la révolution verte, mais l'Inde, ayant doublé sa population, affronte le futur avec beaucoup moins de forêts et de terres arables. Les océans ne se sont pas vidés de leurs poissons à l'échelle décrite par P. Erlich. Mais de nombreuses espèces sont à ce point décimées aujourd'hui que leur pêche est interdite.
Les « alarmistes » se sont peut-être parfois trompés, ou ont exagéré les problèmes, mais ils ont joué un rôle important en donnant un signal d'alarme nécessaire."
* Le « principe de précaution » défini par l'ONU en 1994 s'énonce ainsi:
« Quand il y a risque de perturbations graves ou irréversibles, l'absence de certitudes scientifiques absolues ne doit pas servir de prétexte pour différer l'adoption de mesures.»
Hubert Reeves, Mal de Terre, prologue "L'avenir de la vie sur la Terre" (et notes du prologue).
Tuesday, July 1, 2008
Children (and fools) tell the truth
I watched this video on Hubert Reeves web site, and found it so moving that I wanted to put it on my blog.
As Hubert Reeves says, nothing seems to have changed since 1992, when Severn Cullis-Suzuki delivered this speech at the Earth Summit in Rio de Janeiro at the age of 12. She is now an environmental activist.
As Hubert Reeves says, nothing seems to have changed since 1992, when Severn Cullis-Suzuki delivered this speech at the Earth Summit in Rio de Janeiro at the age of 12. She is now an environmental activist.
Labels:
A: Cullis-Suzuki Severn,
A: Reeves Hubert,
ecology
Thursday, May 1, 2008
Sommes-nous l'espèce élue ?
"Je pense que l'humanité n'est pas nécessairement la favorite de la nature, que l'humanité peut très bien disparaître, que nous ne sommes pas une espèce sacrée, qu'il y a eu 10 millions d'espèces animales jusqu'ici et que 9 millions ont été éliminées. On n'est pas l'espèce élue comme on l'a cru pendant longtemps, la nature peut très bien se passer de nous, et elle ne nous éliminera pas, c'est nous qui pourrions nous éliminer. Et si nous nous éliminons, la nature ne sera pas particulièrement en deuil mais elle continuera à développer d'autres espèces, espérant que ces espèces seront plus en mesure de se préserver et de ne pas se détruire."
Hubert Reeves, dans Conteur d'étoiles, un film de Lolande Cadrin-Rossignol.
La première moitié de ce discours a été repris par les Ogres de Barback dans leur chanson intitulée "Pour tant qu'il y aura des hommes", qui m'a donné envie de regarder le film sur Hubert Reeves.
J'adhère avec cette proposition de Hubert Reeves, plutôt que celle d'hommes religieux comme l'Abbé Pierre ou Teilhard de Chardin, pour qui l'homme est l'aboutissement de la création divine, parce qu'il me paraîtrait très incongru que le créateur de l'univers ait attendu des milliards d'années pour enfin aboutir à l'homme et n'en profiter que quelques millénaires, un éclair au regard de l'âge de l'univers. Cette croyance relève de la même logique que celle qui voulait que la Terre fût au centre de l'univers.
Ce qui ne veut pas dire qu'Hubert Reeves est athée, car il dit dans ce film qu'il ne pense pas que l'univers soit apparu par pur hasard, et que lorsqu'il écoute Mozart ou Beethoven, il se dit qu'il y a quelque chose d'autre, mais sans pouvoir définir de manière plus précise ce qu'est ce "quelque chose d'autre". C'est exactement la position dans laquelle je suis aussi.
Hubert Reeves, dans Conteur d'étoiles, un film de Lolande Cadrin-Rossignol.
La première moitié de ce discours a été repris par les Ogres de Barback dans leur chanson intitulée "Pour tant qu'il y aura des hommes", qui m'a donné envie de regarder le film sur Hubert Reeves.
J'adhère avec cette proposition de Hubert Reeves, plutôt que celle d'hommes religieux comme l'Abbé Pierre ou Teilhard de Chardin, pour qui l'homme est l'aboutissement de la création divine, parce qu'il me paraîtrait très incongru que le créateur de l'univers ait attendu des milliards d'années pour enfin aboutir à l'homme et n'en profiter que quelques millénaires, un éclair au regard de l'âge de l'univers. Cette croyance relève de la même logique que celle qui voulait que la Terre fût au centre de l'univers.
Ce qui ne veut pas dire qu'Hubert Reeves est athée, car il dit dans ce film qu'il ne pense pas que l'univers soit apparu par pur hasard, et que lorsqu'il écoute Mozart ou Beethoven, il se dit qu'il y a quelque chose d'autre, mais sans pouvoir définir de manière plus précise ce qu'est ce "quelque chose d'autre". C'est exactement la position dans laquelle je suis aussi.
Subscribe to:
Posts (Atom)