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Wednesday, January 23, 2013

Est-il légitime de poser n'importe quelle question?

J'ai un jour entendu un de mes professeurs dire, pour encourager ses élèves à poser des questions en classe : "Il n'y a pas de question idiote. Il ne peut y avoir d'idiot que la réponse." Cette phrase m'a marqué et m'a libéré de la peur de poser une question qui pourrait être jugée idiote par un professeur. Kant vient de rétablir en moi cette peur écartée :

"C'est déjà une grande et nécessaire preuve de sagesse ou d'intelligence que de savoir quelles questions on peut raisonnablement poser. Car si la question est en soi absurde et appelle des réponses vaines, elle a pour inconvénient, outre qu'elle humilie celui qui la soulève, parfois aussi d'égarer dans des réponses absurdes celui qui l'entend sans faire preuve de précautions et de produire le ridicule spectacle de deux individus dont l'un trait le bouc (comme disaient les anciens), alors que l'autre tient au-dessous un tamis."

Emmanuel Kant, critique de la raison pure, section "De la division de la logique générale en analytique et dialectique".

Friday, February 12, 2010

Bon sens

Ah, voici exprimé clairement l'argument de bon sens qui rend les critiques des sceptiques du changement climatique stériles, sinon dangereuses.
Lors d'un entretien avec Le Monde, à la question "Les erreurs commises par le GIEC remettent-elles en cause sa crédibilité ?", Nicholas Stern répond:

"Si nous agissons comme si la science avait raison et que, in fine, les risques s'avèrent moins importants, ce sera de toute façon une bonne chose : nous aurons découvert de nombreuses technologies utiles, nous aurons un monde plus propre, nous aurons sécurisé nos approvisionnements énergétiques.

En revanche, si nous agissons comme si la science se trompait, nous nous serons mis dans une position dangereuse dont nous serons peut-être incapables de sortir."

Même si les arguments scientifiques remettant en cause les origines anthropologiques du réchauffement climatique étaient aussi fondés que ceux incriminant nos émissions de gaz à effet de serre (ce qui est loin d'être le cas), quelle option choisiriez-vous? Le bon sens me conduit à choisir la première, car il n'y a rien à perdre, mais tout à gagner!

J'aime aussi la conclusion de cet entretien:

"Je suis un optimiste réaliste. Il faut travailler avec le monde tel qu'il est et essayer de le changer. C'est la seule option."

Thursday, November 6, 2008

Limites de la raison

"L'argument concret de l'existence tempérait l'échec du raisonnement abstrait. [...]
Le Dieu vivant qui se révèle à l'homme vivant ne se trouve ni à force de raisonnement ni au bout d'une lorgnette. Croyant ou non croyant, il faut se méfier d'un pur intellectualisme, évasion du réel et de l'action. Croyant ou non croyant, il faut se méfier de l'impérialisme de la raison. Livrée à sa seule puissance, la raison se croit capable de tout, de tout embrasser, de tout maîtriser. Ce qui m'a sauvée, c'est de me heurter aux limites de la raison et de, finalement, y consentir."

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "La raison paradoxale".

Je suis conscient des limites de la raison, notament qu'elle ne permet pas de prouver ni réfuter l'existence de Dieu. Mais pour croire, il me manque "l'argument concret de l'existence"...

Saturday, October 18, 2008

Convergent and divergent problems

"[We must] recover the awareness that there are higher and lower levels of knowledge. The lower level deals with what [Schumacher] termed "convergent" problems, that are solvable through logic or scientific research. "Divergent" problems, on the other hand, are those that require accomodating irreconcilable things in ways that challenge our central convictions. They require us to know that what we believe can only be resolved by a higher level of reasoning grounded in "love, beauty, goodness, and truth"."

David Orr, commentary in E.F. Schumacher Small is beautiful.

I am a person who likes when a problem can be solved by logic (that's why I chose to become a researcher), and hates when it cannot, because then I don't know which of the many possible solutions to choose, and whether I will choose the best one. This is when you have to listen to our heart, and put your reason on the side.

Monday, August 11, 2008

Ne pas déifier la raison

"Les rationalistes sont des êtres admirables, mais le rationalisme est un monstre hideux quand il se prétend tout-puissant. Attribuer toutes les possibilités à la raison c'est faire preuve d'une idolâtrie d'aussi mauvais goût que de déifier des objets inanimés. Je ne plaide pas pour que la raison soit étouffée mais pour la juste reconnaissance de ce qui en nous sanctifie la raison."

Mohandas Gandhi, Tous les hommes sont frères, chapitre "Sur des sujets divers".

Rappelons que Gandhi place la raison au tout premier plan de sa conduite de vie ("Ma foi dans les écritures hindoues ne me conduit nullement à croire que chaque mot et chaque verset sont inspirés par Dieu... Je me refuse à me sentir lié par toute interprétation qui répugnerait à la raison ou à la morale, même si elle était irréfutable pour des exégètes.", voir ce post).
Mais comme toujours ses positions sont nuancées pour ne jamais tomber dans aucun extrémisme.

Thursday, July 3, 2008

Foi et raison

Un ami me disait récemment qu'il se méfiait de la foi car elle était soumise au doute, donc fragile, et pouvait biaiser les convictions basées sur la raison qui, elle, s'appuie sur la force implacable de la logique. Je me méfie aussi de la foi aveugle de certains, qui renoncent à leur esprit critique et à la raison au nom de dogmes soit-disant divins mais établis en réalité par d'autres humains. Mais ceci ne veut pas dire que la foi et la raison s'opposent! Écoutons ce que Gandhi a à nous dire à ce sujet:

"Une Force mystérieuse et indéfinissable pénètre tout ce qui est. Je le sens, bien que je ne le voie pas. C'est cette Force invisible qui se fait sentir, malgré l'impossibilité où je me trouve d'en prouver l'existence, tant elle diffère de tout ce que mes sens peuvent appréhender. Bien que Dieu transcende toute réalité sensible, il est, jusqu'à un certain point, possible par la raison de savoir qu'Il existe.

Tandis qu'autour de moi, tout change et tout meurt, je perçois vaguement, sous ces apparences changeantes, une Force de Vie qui demeure immuable et soutient tous les êtres: créés par Elle, ils s'y dissolvent pour être à nouveau créés. Cette Force, cet Esprit qui informe toutes choses n'est autre que Dieu. Et comme nos sens ne nous montrent rien qui subsiste j'en déduis que Dieu seul est.

Cette force est-elle bienveillante ou malveillante? Pour moi, cela ne fait aucun doute: elle est foncièrement bienveillante. Car la vie persiste au coeur même de la mort, la vérité rayonne en dépit du mensonge qui l'entoure, et la lumière resplendit dans les ténèbres. J'en déduis que Dieu est Vie, Vérité et Lumière. Il est Amour. Il est le Suprême Dieu. [...]

Cette croyance en Dieu doit s'appuyer sur la foi qui transcende la raison. Même pour parvenir à ce qu'on appelle la « réalisation » il faut, à la base, le soutien de la foi. C'est voulu par la nature même des choses. Qui peut transgresser les limites de son être? Je prétends qu'il est impossible d'arriver à une réalisation parfaite tant que nous sommes dans ce corps. Mais de toutes façons, ce n'est pas nécessaire. Il suffit d'avoir une foi vivante et inébranlable pour atteindre les plus hauts sommets qui soient accessibles à notre nature. Dieu n'est pas extérieur à notre enveloppe de chair. Par conséquent, toute preuve tirée du dehors n'a que peu de valeur, pour ne pas dire aucune. Nous ne pourrons jamais Le percevoir au moyen des sens. Il est au-delà. Nous pouvons Le pressentir, à condition de nous retirer de nos sens. La musique divine ne cesse jamais de faire entendre ses harmonies en nous-mêmes, mais la vie des sens est si bruyante qu'elle noie cette subtile mélodie, différente de tout ce que l'ouïe peut discerner et infiniment supérieure à toute réalité sensible. [...]

Ma foi dans les écritures hindoues ne me conduit nullement à croire que chaque mot et chaque verset sont inspirés par Dieu... Je me refuse à me sentir lié par toute interprétation qui répugnerait à la raison ou à la morale, même si elle était irréfutable pour des exégètes. [...]

Il est vraiment des domaines où la raison ne peut guère nous éclairer et où il faut nous en remettre à la foi pour continuer notre route. Dans ce cas, alors, la foi ne contredit pas la raison, mais la dépasse. La foi est une sorte de sixième sens qui s'exerce là où la raison n'est plus compétente."

Mohandas Gandhi, Tous les hommes sont frères, chapitre "Religion et vérité".

Comme Gandhi, je pense que la foi n'a pas à s'opposer à la raison, mais se situe au-delà. C'est bien mon problème: tout ce que je crois, j'y ai abouti par la raison, et je suis incapable de trouver la foi par la raison, bien que j'envie ceux qui l'ont (ceux comme Gandhi, qui ne s'en aveuglent pas), car sans foi la vie est complètement absurde... Mais j'avoue ne pas comprendre le raisonnement de Gandhi pour prouver l'existence de Dieu par la raison, alors il ne me reste que le pari de Pascal (voir un prochain post, lorsque je serai remonté aux débuts de mon carnet de citations, ce qui peut prendre du temps puisque j'ai déjà du mal à suivre les citations de mes lectures présentes), mais cela ne touche pas mon coeur.
Y-a-t'il donc des "élus", comme les Écritures le disent, tandis que les autres sont laissés sur le bord de la route? Si c'était le cas, je ne pourrais jamais croire à un Dieu qui aurait fait les choses ainsi.

Friday, October 19, 2007

Reason vs Passion

"The critics of progress should therefore be met partway. Progress is possible, but not inevitable. Reason can be mobilized to promote social well-being, but can also be overtaken by destructive passions. Human institutions, indeed, should be designed in the light of reason precisely to control or harness the irrational side of human behavior. In this sense, the Enlightenment commitment to reason is not a denial of the unreasonable side of human nature, but rather a belief that despite human irrationality and passions, human reason can still be harnessed - through science, nonviolent action, and historical reflection - to solve basic problems of social organization and to improve human welfare."

(Jeffrey Sachs, "The end of poverty, economic possibilities for our time", chapter "Our generation's challenge").