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Monday, February 16, 2009

Le secret de la vie

"Quel serait le secret de la réussite d'une destinée ? Il me semble que l'essentiel, au départ, est de trouver sa vocation profonde, c'est-à-dire d'élucider où le meilleur de soi - intelligence, volonté, coeur - trouvera à s'épanouir pour soi et pour les autres, et ensuite de s'acharner pour l'actualiser, sans changer de route à chaque difficulté."

Soeur Emmanuelle, Confessions d'une religieuse, chapitre "Au soir de ma vie".

Sunday, February 8, 2009

L'essentiel

"J'ai enfin compris que la raison accepte ou rejette Dieu selon des critères rattachés à l'éducation, l'environnement, les lectures, les événements de la vie, critères personnels qui paraissent difficiles ou même impossibles à changer. C'est une question d'intellect que chacun résout comme il peut, non sans quelques doutes, qu'il soit croyant ou non. Mais l'essentiel n'est pas là. La valeur d'un homme ne dépend pas de ses convictions, mais de ses actions."

Soeur Emmanuelle, Confessions d'une religieuse, chapitre "Autres convictions, autres richesses".

Tuesday, February 3, 2009

Du bonheur

"Où l'homme trouve-t-il donc son bonheur ?
Cette même question, je me la poserai plus tard en Europe, où je découvre souvent un climat de morosité, une insatisfaction foncière. J'ai l'impression que les individus sont empêtrés dans un autre genre d'esclavage. Des désirs impossibles à maîtriser, sans cesse renaissants, une course haletante sans rémission étouffent dans son germe le plaisir de vivre, de vivre l'instant : joie d'être, de respirer, de marcher, penser, dialoguer, lire, goûter son repas, regarder le ciel, la terre, les plantes, les oiseaux, les enfants, surtout la joie de se sourire, de donner et recevoir la joie ! Nous touchons peut-être ici une des divergences essentielles : l'Africain, plus près de son enfance, reste immergé dans le présent dont il jouit simplement. Demain ne l'intéresse pas. L'Européen, toujours en quête d'évolution, est tourné vers l'avenir qu'il veut indéfiniment meilleur. D'autre part, chez les pauvres gens la relation humaine se déroule dans un climat différent, dont j'ai déjà parlé. D'abord - constatation qui paraît simplette -, le siège, chaise ou fauteuil, crée une séparation spatiale. Dans la cabane sénégalaise ou chez le chiffonnier, on s'en passe car cela coûte cher. Le fait d'être assis sur la "mère terre", côte à côte, chair à chair, engendre une sorte de convivialité plus immédiate. Pas d'ameublement, de tableaux, de bibelots, rien ne distrait le regard porté sur l'autre, le copain. Le langage est décanté de tout artifice, de toute facétie factice. Que peut offrir l'homme simple, sinon l'accueil chaleureux de son être, corps et âme ? C'est bon d'être ensemble, on existe à l'unisson. La relation, libérée de la baliverne, se vit dans l'essentiel.
[...]
Finalement, le bonheur paraît comporter une part d'austérité : les lèvres saturées de boissons artificielles peuvent-elle jouir de l'eau fraîche des sources ?"

Soeur Emmanuelle, Confessions d'une religieuse, chapitre "Aimons-nous, vivants".

Thursday, January 29, 2009

Le choix du doute

"Doute pour absurde, je choisis le doute : qu'il me ronge, qu'il m'assaille, je vais défendre ma foi ! Je préfère marcher dans la nuit que me dissoudre dans le néant."

Soeur Emmanuelle, Confessions d'une religieuse, chapitre "Du doute à l'ouverture".

Voilà sa conclusion après avoir passé des années à remettre sa religion en question et à étudier les autres grandes religions et les philosophes. Elle rejoint le pari de Pascal. Qu'ai-je à y perdre ? Pourquoi ne l'ai-je pas encore fait ?...

Monday, January 26, 2009

La lutte

"J'insistais surtout sur l'importance de l'effort. Mes élèves apprenaient par coeur cette phrase de Victor Hugo: "Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent." Je leur citais Marc Aurèle: "L'obstacle est matière à action." C'est dans la lutte que les potentialités d'un être atteignent leur apogée."

Soeur Emmanuelle, Confessions d'une religieuse, chapitre "Tempêtes et accalmies".

Voir aussi ce post.

Friday, January 23, 2009

Garder ou donner ?

"Ce que tu donnes t'appartiendra toujours, ce que tu gardes, tu le perds !"

Poète du XIIè siècle, cité par Soeur Emmanuelle, J'ai 100 ans et je voudrais vous dire..., chapitre "Il s'agit toujours de partager avec ceux que l'on veut aider".

Thursday, January 15, 2009

De la fierté

"La fierté, c'est la recherche de sa dignité personnelle. Ce n'est pas un défaut."

Soeur Emmanuelle, J'ai 100 ans et je voudrais vous dire..., chapitre "Péter de joie parce qu'on s'aime".

Il faut que je médite cette citation. J'ai toujours considéré la fierté comme un défaut, un amour excessif de sa propre personne. Mais Soeur Emmanuelle m'offre un autre angle de vue...

Sunday, January 11, 2009

Le stress, c'est le non-vivre

"Le divertissement est nécessaire à l'homme. J'ai connu des jeunes femmes très tendues entre leur travail, la maison, les enfants, les parents âgés parfois... C'est moi qui leur disais de filer au cinéma, ou à la montagne, à la campagne. Le divertissement est source d'équilibre. Mais tout est une question de mesure. Il existe des divertissements exagérés, inutiles, dangeureux. Pascal appelait cela des "superfluités". Des superfluités qui font perdre à l'homme, justement, le sens de sa vie. Alors, il tombe dans le stress. Le stress, je le dis souvent, c'est le non-vivre."

Soeur Emmanuelle, J'ai 100 ans et je voudrais vous dire..., chapitre "Que reste-t-il dans un monde complètement dépouillé? L'homme."

Thursday, November 27, 2008

Ni ange ni bête

"L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête.*

J'en ai fait l'expérience. J'ai longtemps couru vers une sainteté exemplaire, conformément au modèle que je me faisais de Thérèse d'Avila, la grande mystique. Je me battais contre le mur de mes défauts et j'enrageais de rester en échec. J'oserais dire que c'est un cas classique, je l'ai souvent rencontré. Il me semble même que la perfection d'une morale laïque, comme celle d'André Comte-Sponville, ne peut aboutir. Pourquoi ? Tout simplement parce que c'est vouloir sortir de la condition humaine. Il m'a fallu des années pour me rendre compte que je portais en moi, dans ma peau, dans mon corps, mon coeur, mon âme, un noyau inextricable de bon et de mauvais."

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "Tout est un, l'un est en l'autre, comme les Trois Personnes".

* Blaise Pascal, Pensées.

Tuesday, November 25, 2008

Ce que l'amour est

"L'amour est mystère : il n'est ni ici ni là. Il est mystère parce qu'il est "mouvement". Et il est mouvement parce qu'il est relation. La relation, cela ne se laisse pas saisir, ni maîtriser, ni posséder. La relation, elle ne tient ni à toi, ni à moi, mais au mystère entre nous. Elle est la réciprocité du mouvement de chacun qui sort de soi vers l'autre."

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "Le mouvement d'amour".

Monday, November 24, 2008

Travailler à son propre bonheur et à celui des autres

"L'acte pur, le don gratuit à 100 %, existe-t-il ? La réponse est non. Notre nature cherche son épanouissement. Elle contient en elle-même la soif de jouir et de posséder, de "se faire mousser", comme elle contient aussi l'élan du don, du service, de la compassion. Tout cela est inextricable. L'idéal, me semble-t-il, est de travailler dans le même mouvement à son propre bonheur et à celui des autres. Ne te creuse pas trop la tête, Emmanuelle, essaye de t'oublier davantage en cessant d'être obnubilée par tes propres contradictions. Essaye de t'accepter, humaine, pétrie de grandeur et de misère. Reçois-toi telle que tu es, tout bonnement, en tirant la meilleure part de tes défauts comme de tes qualités. Et yalla, en avant pour le service !"

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "Le mouvement d'amour".

Thursday, November 20, 2008

Ce que l'amour n'est pas

"Mais c'est la vie de couple, surtout, qui n'est pas satisfaisante. Parfois, ça colle très bien, mais souvent, ça ne marche pas. En effet, les manières d'aimer de l'homme et de la femme sont différentes. Or chacun attend d'être aimé à sa manière, chacun souhaite que l'autre réponde à ses propres attentes. On ne sort pas du cercle de l'ego. Beaucoup d'amours ne sont ainsi que des mouvements de soi à soi.
Pour autant, la charité est-elle le mouvement inverse ? Serait-elle à chercher dans une sorte d'oubli de soi, de négation de ses propres attentes, de ses désirs ? On me parle de sacrifice, ça me fait rigoler ! Quand on aime, il n'y a pas de sacrifice, mais une dilatation. Le sacrifice, c'est encore de l'égoïsme pur. Celui ou celle qui prétend se sacrifier ne fait que construire l'idole de soi-même, sa statue héroïque de sainte-Nitouche que les autres doivent élever sur l'autel dressé à sa propre gloire."

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "Le mouvement d'amour".

Tuesday, November 18, 2008

L'ordre infini de l'amour

"Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d'un ordre infiniment plus élevé."

Blaise Pascal, Pensées, cité par Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "Le mouvement d'amour".

Sunday, November 16, 2008

La métaphore de l'enfance

"La sagesse nous envoie à l'enfance.* [...]

La métaphore de l'enfance signifie un état, et non un âge, qui ne connaît pas la libido, qui n'est pas inconsciemment avide de s'emparer de la jouissance, de s'emparer de l'autre, mais qui s'offre ingénument, avec confiance. Cet état ne dépend pas des années brèves ou longues, il se manifeste chez celui ou celle qui fait l'expérience de la faiblesse, de l'impuissance radicales et inhérentes à la nature humaine. Vanité, néant que les possessions de la matière ! Elles m'avaient éblouie. Vanité même que les acquisitions de la raison raisonnante ! Elles avaient été ma fierté.
J'allais vivre enfin l'esprit d'enfance pour sortir du doute et du divertissement, pour combler le vide qu'ils avaient créé en moi. Je reprends doucement, sereinement, les étapes passées de mon itinéraire. Je constate que l'étau du vide s'est desserré chaque fois que ma vie a pris le sens du service et du partage. [...]

Bienheureux ceux qui, sans relâche, deviennent enfants ! Ils se libèrent et se livrent à l'infini de l'amour."

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "Libération".

* Blaise Pascal, Pensées

Wednesday, November 12, 2008

Plaisir ou bonheur ?

"Le jour vient où, entre le plaisir et le bonheur, il faut choisir."

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "Jouir".

Sunday, November 9, 2008

Limites de l'action

"Il est juste et bon d'agir, mais il est bon aussi de se rendre compte des limites de l'action et d'accepter de n'être qu'humain, fini. Le cercle infernal est alors brisé, le cercle du perfectionnisme, le cercle de la course aux résultats, à l'efficacité. Vient alors l'action équilibrée, sereine, qui a renoncé à l'idéalité."

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "Jouir".

Le problème est que notre mode de vie, basé sur la compétition, nous pousse à cette course aux résultats, à l'efficacité, à devenir des "sur-hommes". L'action sereine est-elle possible, pour qui veut survivre dans notre monde de fous ?

Thursday, November 6, 2008

Limites de la raison

"L'argument concret de l'existence tempérait l'échec du raisonnement abstrait. [...]
Le Dieu vivant qui se révèle à l'homme vivant ne se trouve ni à force de raisonnement ni au bout d'une lorgnette. Croyant ou non croyant, il faut se méfier d'un pur intellectualisme, évasion du réel et de l'action. Croyant ou non croyant, il faut se méfier de l'impérialisme de la raison. Livrée à sa seule puissance, la raison se croit capable de tout, de tout embrasser, de tout maîtriser. Ce qui m'a sauvée, c'est de me heurter aux limites de la raison et de, finalement, y consentir."

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "La raison paradoxale".

Je suis conscient des limites de la raison, notament qu'elle ne permet pas de prouver ni réfuter l'existence de Dieu. Mais pour croire, il me manque "l'argument concret de l'existence"...

Monday, November 3, 2008

La soif de domination

"Jetons d'abord un regard sur la fascination du pouvoir, cette soif de domination dont on retrouve les ravages en tout temps et en tout lieu. Quelle lutte implacable pour devenir le leader incontesté d'une entité politique, religieuse, industrielle, mafieuse ou même familiale ! Tous les moyens sont bons pour écraser l'adversaire ou le gêneur. Nous sommes là, pour ainsi dire, au commencement du monde : "Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua" (Genèse 4, 8). Cette fièvre qui monte au cerveau ne surgit-elle pas d'un instinct primaire de meurtre, d'élimination de l'autre, ancré dans la chair au point d'étouffer l'esprit ?"

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "La pensée et la matière".

Au risque de choquer, je dirais que ceci décrit parfaitement les motivations ultimes que je vois derrière la compétition, quelle qu'elle soit, et ce pourquoi j'en suis venu à l'abhorrer. Je la tolère lorsqu'il s'agit de jouer (sports, échecs, etc ...), mais je la dénonce lorsqu'il s'agit de pouvoir subvenir à ses besoins vitaux, ce qui nous ramène tout simplement à la loi de la jungle.

Saturday, November 1, 2008

Un esprit sain dans un corps sain

"C'est une fausse piste - et combien décevante ! - que de vouloir sortir de notre contradiction essentielle en niant en nous la bête, le corps, la matière. J'en sais quelque chose. Toute une partie de ma jeunesse religieuse, j'ai lutté pied à pied contre les "tendances de la chair", que je croyais coupables. Je me forçais à peu manger, à moins dormir, à me donner la discipline. Résultat : j'étais de plus en plus tendue, sur les nerfs. Je perdais facilement patience et devenais désagréable avec mes élèves. Jusqu'au jour où un confesseur intelligent me fit comprendre que, loin que les pulsions constituent des péchés, elles font partie de la nature humaine et ne sont en soi ni bonnes ni mauvaises. Il s'agissait, plutôt que d'entrer en lutte avec elles, de les gérer en agissant d'abord sur le corps lui-même : avoir une nourriture saine et suffisante, équilibrer son sommeil, faire du sport."

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "La pensée et la matière".

Je suis content d'entendre ça de quelqu'un comme Soeur Emmanuelle !
C'est un des seuls aspects de la philosophie de Gandhi avec lequel je ne suis pas d'accord, à savoir qu'il faut renoncer aux plaisirs de la chair car ils abaissent l'âme. Gandhi avait fait voeu de ne plus faire l'amour avec sa femme et ne mangeait rien d'épicé, par example.
Pour moi si nous avons des sens qui peuvent nous donner des sensations agréables, c'est bien pour en profiter, il faut simplement faire attention de n'en pas devenir esclave.

Wednesday, October 29, 2008

Perversion de la pensée

"Tout d'abord, le mal-penser est partout. Tous les genres de totalitarisme en donnent de sombres et suprêmes exemples. Au nom d'un faux idéal, on massacre des milliers, voire des millions d'hommes. On arrive même à faire de sa propre mort un instrument de gloire. Celui qui se tue pour provoquer la tuerie de ceux qui ne pensent pas comme lui est à ses yeux et à ceux de ses partisans le héros, le "martyr" d'une cause sacrée. Il entre dans une action qui est pour lui d'une telle grandeur qu'elle ne souffre pas le moindre doute quant à son bien-fondé. Que ce soit dans le domaine politique, comme Hitler, ou dans le domaine religieux, comme un certain islam dévoyé, la racine de la perversion de la pensée est l'idolâtrie : l'idée est devenue un dieu. Dès lors, ce bien dépasse tous les biens et transforme quelque mal que ce soit en un "Super-Bien". On est hypnotisé au point d'en perdre la raison."

Soeur Emmanuelle, Vivre, à quoi ça sert ?, chapitre "La pensée et la matière".