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Saturday, February 19, 2011

La dignité sera le rempart contre tous les extrêmes

A tous ceux qui auraient peur d'une montée de l'Islamisme à la suite des événements récents et en cours dans le monde arabe, écoutez donc la réponse de Béchir Labidi, Tunisien:

"Je comprends que la peur de l’Islam est un vrai problème. Mais derrière cette peur se cache surtout la peur du fanatisme et de l’extrémisme.  Ce fanatisme et cet extrémisme ne sont que le résidu de la frustration et du mépris de l’Homme. La dignité sera le rempart contre tous les extrêmes.
Voila pourquoi, à mon sens, la révolution tunisienne remet les pendules à l’heure : c’est la liberté qui sera le garant de la stabilité et  non la dictature."

Friday, February 19, 2010

Quel est le moyen le plus efficace pour changer le monde?

"Lors d'un déjeuner à Caux en famille avec Mohammed Sahnoun, nous lui avons posé la question: «Vous avez été haut dignitaire de l'ONU, ambassadeur de votre pays, vous avez eu des responsabilités au coeur des organes de pouvoir politique internationaux. Pourquoi avoir accepté de "basculer" dans le monde associatif en acceptant la présidence d'Initiatives et Changement?» En se tournant vers nos enfants, Mohammed a répondu: «Lorsque j'étais ambassadeur d'Algérie en Allemagne, j'étais ami avec le chancelier Helmut Schmidt. Il m'invitait parfois à dîner. Un soir, je lui ai dit mes préoccupations à propos des inégalités entre les peuples. Je lui ai expliqué qu'en Algérie les plus pauvres pouvaient voir la télévision et qu'ils découvraient le mode de vie en Europe. Ils prenaient conscience de l'injustice, maintenant qu'ils pouvaient la voir toute proche d'eux. J'ai expliqué au chancelier que pour éviter que les jeunes Africains rêvent d'immigration ou soient tentés par le terrorisme, il fallait favoriser une meilleure coopération, une meilleure aide au développement. Aider les jeunes dans leur pays à aller à l'école, se soigner, trouver un travail... Le chancelier m'a répondu: "Monsieur l'ambassadeur, je suis bien d'accord avec vous. Mon problème est que j'ai une élection dans deux ans. Si je proposais un programme politique allant dans votre sens, cela reviendrait à dire aux Allemands: 'Vous ne pourrez pas acheter un deuxième téléviseur pour votre maison...' Et alors je ne serais pas réélu."» Mohammed Sahnoun a dit à nos enfants: «C'est pour cela que j'ai décidé de travailler avec Initiatives et Changement. Le seul moyen vraiment efficace pour créer un monde plus juste, c'est que chacun de nous ait vraiment envie de ce changement et s'en donne les moyens.»"

Laurent de Cherisey, Recherche volontaire pour changer le monde, chapitre "On ne construit rien en voulant surclasser l'autre".

Tuesday, February 3, 2009

Du bonheur

"Où l'homme trouve-t-il donc son bonheur ?
Cette même question, je me la poserai plus tard en Europe, où je découvre souvent un climat de morosité, une insatisfaction foncière. J'ai l'impression que les individus sont empêtrés dans un autre genre d'esclavage. Des désirs impossibles à maîtriser, sans cesse renaissants, une course haletante sans rémission étouffent dans son germe le plaisir de vivre, de vivre l'instant : joie d'être, de respirer, de marcher, penser, dialoguer, lire, goûter son repas, regarder le ciel, la terre, les plantes, les oiseaux, les enfants, surtout la joie de se sourire, de donner et recevoir la joie ! Nous touchons peut-être ici une des divergences essentielles : l'Africain, plus près de son enfance, reste immergé dans le présent dont il jouit simplement. Demain ne l'intéresse pas. L'Européen, toujours en quête d'évolution, est tourné vers l'avenir qu'il veut indéfiniment meilleur. D'autre part, chez les pauvres gens la relation humaine se déroule dans un climat différent, dont j'ai déjà parlé. D'abord - constatation qui paraît simplette -, le siège, chaise ou fauteuil, crée une séparation spatiale. Dans la cabane sénégalaise ou chez le chiffonnier, on s'en passe car cela coûte cher. Le fait d'être assis sur la "mère terre", côte à côte, chair à chair, engendre une sorte de convivialité plus immédiate. Pas d'ameublement, de tableaux, de bibelots, rien ne distrait le regard porté sur l'autre, le copain. Le langage est décanté de tout artifice, de toute facétie factice. Que peut offrir l'homme simple, sinon l'accueil chaleureux de son être, corps et âme ? C'est bon d'être ensemble, on existe à l'unisson. La relation, libérée de la baliverne, se vit dans l'essentiel.
[...]
Finalement, le bonheur paraît comporter une part d'austérité : les lèvres saturées de boissons artificielles peuvent-elle jouir de l'eau fraîche des sources ?"

Soeur Emmanuelle, Confessions d'une religieuse, chapitre "Aimons-nous, vivants".

Saturday, December 20, 2008

Water stress and conflict in Africa

A plausible deep root for Africa's problems (see also this post):

"A notable scientific contribution in establishing [the] link [between rising water stress and conflict] was made by Edward Miguel and his colleagues, who found that "drops in rainfall [in Africa] are associated with significantly more conflict...
There is strong evidence that better rainfall makes conflict much less likely in Africa."* The key link seems to be that a decline in rainfall causes the economy to shrink, presumably through the adverse effects on harvests and food supply, and this in turn triggers conflict. What is important is that when the authors compared the explanatory power of rainfall with political variables (such as democracy, ethnic cleavages, religious divisions, colonial heritage) in accounting for the location, and timing of conflicts in Africa, the rainfall variable was more important than the political variables. The research team concluded as follows: "The most obvious reading of these findings is that economic factors trump all others in causing African civil conflicts, and that institutional and political characteristics have much less of an impact."**"

* Edward Miguel, Shanker Satyanath, and Ernest Sergent, "Economic Shocks and Civil Conflict: An Instrumental Variables Approach", Journal of Political Economy 112, no. 4 (2004), pp. 725-753.
** Edward Miguel, "Poverty and Violence", in Lael Brainard and Derek Chollet, eds., Too Poor for Peace? Global Poverty, Conflict and Security in the 21st Century (Washington, D.C.: Brookings Institute Press, 2007), p. 55.

Jeffrey Sachs, Common Wealth, Economics for a crowded planet, chapter "Securing our water needs".

This is a very worrying relationship, as water stress is forecasted to increase in many places on Earth, as global warming intensifies ! As Jeffrey Sachs adds:

"Water scarcity is, so far, mainly responsible for conflicts within countries rather than between them, yet cross-border confrontations will also become more likely to arise as water stress becomes more extreme."

Thursday, September 11, 2008

Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Allez, encore un bon mythe néoconservateur à casser.

À la question de Frédéric Lenoir :
"Pour en revenir à la pauvreté dans le monde, je voudrais faire une nouvelle fois allusion au livre du Danois Bjorn Lomborg1, qui affirme que tout va mieux sur la terre, que la pauvreté a plus régressé au cours des cinquante dernières années que dans les cinq derniers siècles et que, pour preuve, l'espérance de vie sur la planète est passée de 30 à 67 ans au cours du XXe siècle. Ces stastiques ne viennent-elles pas contredire le cri d'alarme contre l'accroissement de la misère dont vous vous faites l'écho ?"

Hubert Reeves répond:
"Un immense fossé s'est creusé entre les pays du Nord et ceux du Sud et, au sein même de ces régions, entre les plus riches et les plus pauvres. On ne souffre plus de famine en Europe ni en Amérique du Nord, les soins médicaux se sont améliorés et, en conséquence, l'espérance de vie s'est considérablement allongée.
Telle n'est pas la situation dans bien d'autres pays du monde. Faute de soins et de vaccinations2, 11 millions d'enfants de moins de 5 ans succombent chaque année3.
Une épidémie comme celle du sida illustre bien ce propos4. Tandis qu'elle cause de moins en moins de décès en Occident, grâce à l'usage de médicaments appropriés, on va vers une gigantesque hécatombe en Afrique, dans certains pays d'Asie - notamment en Chine - et dans l'ex-URSS. Autant de régions où les populations n'ont pas accès aux thérapies coûteuses qui permettraient de sauver des centaines de millions de vies. Résultat : dans les régions défavorisées, l'espérance de vie des humains diminue depuis une décennie, en particulier en Afrique, où elle est maintenant de 45 ans5, et dans l'ex-Union soviétique. [...]

En Afrique équatoriale le nombre d'enfants affamés s'est accru au cours des deux dernières décennies6. On prévoit que, en 2025, cinq des huit milliards d'humains souffriront de maladies engendrées par la pollution de l'eau et que vers 2050 plus de 50% de la population sera passée en deçà du seuil de pauvreté. On voit se profiler un avenir où une population de plus en plus réduite, profitant d'un luxe toujours plus grand, se barricadera en ghettos aseptisés et armés contre une population immense de déshérités qui tentera de survivre et de lutter contre la faim et la maladie dans un environnement toujours plus dégradé... [...]

Le grand défi, auquel l'humanité est aujourd'hui confrontée, c'est de mettre en oeuvre un développement économique durable qui ne laisse pas au bord de la route des populations entières du globe et qui respecte les équilibres naturels de la Terre. C'est loin d'être impossible : cela demande simplement une volonté politique concertée des États industrialisés."

1. Bjorn Lomborg, The Skeptikal Environnementalist. Measuring the Real State of the World, Cambridge University Press, 2001.
2. Selon la World Health Organization, seulement 5% des dépenses de recherche biomédicale portent sur les maladies affectant 95% des gens pauvres.
3. Rapport du Programme des Nations unies pour le développement, Cedres, 2001.
4. "AIDS erodes decades of progress", Vital Signs, 2001.
5. Autour de 45 ans au lieu de 67 ans en moyenne, et en baisse depuis 1990; voir "Life expectancy in Africa", Vital Signs, 1999, p. 100.
6. Mai 2002 : le Programme des Nations unies pour l'environnement publie son "Troisième rapport sur l'avenir de l'environnement mondial".

Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Le spectre de la misère planétaire".

Sunday, September 23, 2007

Africa's crisis

After hearing the stupid words French President Nicolas Sarkozy said about Africans this summer, and the clichés some friends used to excuse him, I am glad to read a very lucid analysis of the situation by Jeffrey Sachs ("The end of poverty, economic possibilities for our time", chapter "The voiceless dying: Africa and disease"):

"The outside world has pat answers concerning Africa's prolonged crisis. Everything comes back, again and again, to corruption and misrule. Western officials, including the countless «missions» of the IMF* and World Bank to African countries, argue that Africa simply needs to behave itself better, to allow market forces to operate without interference by corrupt rulers.
[...]
When it comes to charges of bad governance, the West should be a bit more circumspect. Little surpasses the western world in the cruelty and depredations that it has long imposed on Africa. Three centuries of slave trade, from around 1500 to the early 1800s, were followed by a century of brutal colonial rule.
Far from lifting Africa economically, the colonial era left Africa bereft of educated citizens and leaders, basic infrastructure, and public health facilities. The borders of the newly independent states followed the arbitrary lines of the former empires, dividing ethnic groups, ecosystems, watersheds, and resource deposits in arbitrary ways.
As soon as the colonial period ended, Africa became a pawn in the cold war. Western cold warriors, and the operatives in the CIA and counterpart agencies in Europe, opposed African leaders who preached nationalism, sought aid from the Soviet Union, or demanded better terms on Western investments in African minerals and energy deposits. In 1960, as a demonstration of Western approaches to African independence, CIA and Belgian operatives assassinated the charismatic first prime minister of the Congo, Patrice Lumumba, and installed the tyrant Mobutu Sese Seko in his stead. In the 1980s, the United States supported Jonas Savimbi in his violent insurrection against the government of Angola, on the grounds that Savimbi was an anticommunist, when in fact he was a violent and corrupt thug. The United States long backed the South African apartheid regime, and gave tacit support as that regime armed the violent Renamo insurrectionists in neighboring Mozambique. The CIA had its hand in the violent overthrow of President Kwame Nkrumah of Ghana in 1966. Indeed, almost every African political crisis - Sudan, Somalia, and a host of others - has a long history of Western meddling among its many causes.
[...]
Both the critics of African governance and the critics of Western violence and meddling have it wrong. Politics, at the end of the day, simply cannot explain Africa's prolonged economic crisis. The claim that Africa's corruption is the basic source of the problem does not withstand practical experience or serious scrutiny. During the past decade I witnessed close at hand how relatively well-governed countries in Africa, such as Ghana, Malawi, Mali, and Senegal, failed to prosper, whereas societies in Asia perceived to have extensive corruption, such as Bangladesh, India, Indonesia, and Pakistan, enjoyed rapid economic growth.
[...]
At the same time, Africa's harsh colonial legacy and the West's very real depradations in the postcolonial period also do not explain the long-term development crisis. Other regions of the world that are now growing rapidly also experienced severe damage from decades or centuries of colonial rule and postcolonial meddling. Vietnam is a case in point, a country that had to fight for independence for decades and yet emerged from that brutal experience to achieve very rapid economic growth.
[...]
To understand - and overcome - such crises, it would be necessary to unravel the interconnections between extreme poverty, rampant disease, unstable and harsh climate conditions, high transport costs, chronic hunger, and inadequate food production.
[...]
The combination of Africa's adverse geography and its extreme poverty creates the worst poverty trap in the world. Yet the situation in Africa is not hopeless. Far from it. Just as my malaria-expert colleagues taught me about bed nets, indoor spraying, and effective antimalarial medicines, and just as my HIV/AIDS-knowledgeable colleagues taught me what can be accomplished through effective prevention programs linked to access to anti-AIDS drugs, so my colleagues in tropical agriculture, rural electrification, road building, and safe water and sanitation began to teach me what could be done in these other areas of vital concern.
Africa's problems, I have come to understand, are especially difficult but still solvable with practical and proven technologies. Diseases can be controlled, crop yields can be sharply increased, and basic infrastructure such as paved roads and electricity can be extended to the villages. A combination of investments well attuned to local needs and conditions can enable African economies to break out of the poverty trap. These interventions need to be applied systematically, diligently, and jointly, since they strongly reinforce one another. With focused attention by African countries and the international community, Africa could soon have its own Green Revolution**, and achieve a takeoff in rural-led growth, thereby sparing the coming generation of Africans the continued miseries of drought-induced famine."

*International Monetary Fund
**Allusion to Asia's rural-led economic growth in the 1970s through the introduction of high-yield crops.