"Je pense que l'humanité n'est pas nécessairement la favorite de la nature, que l'humanité peut très bien disparaître, que nous ne sommes pas une espèce sacrée, qu'il y a eu 10 millions d'espèces animales jusqu'ici et que 9 millions ont été éliminées. On n'est pas l'espèce élue comme on l'a cru pendant longtemps, la nature peut très bien se passer de nous, et elle ne nous éliminera pas, c'est nous qui pourrions nous éliminer. Et si nous nous éliminons, la nature ne sera pas particulièrement en deuil mais elle continuera à développer d'autres espèces, espérant que ces espèces seront plus en mesure de se préserver et de ne pas se détruire."
Hubert Reeves, dans Conteur d'étoiles, un film de Lolande Cadrin-Rossignol.
La première moitié de ce discours a été repris par les Ogres de Barback dans leur chanson intitulée "Pour tant qu'il y aura des hommes", qui m'a donné envie de regarder le film sur Hubert Reeves.
J'adhère avec cette proposition de Hubert Reeves, plutôt que celle d'hommes religieux comme l'Abbé Pierre ou Teilhard de Chardin, pour qui l'homme est l'aboutissement de la création divine, parce qu'il me paraîtrait très incongru que le créateur de l'univers ait attendu des milliards d'années pour enfin aboutir à l'homme et n'en profiter que quelques millénaires, un éclair au regard de l'âge de l'univers. Cette croyance relève de la même logique que celle qui voulait que la Terre fût au centre de l'univers.
Ce qui ne veut pas dire qu'Hubert Reeves est athée, car il dit dans ce film qu'il ne pense pas que l'univers soit apparu par pur hasard, et que lorsqu'il écoute Mozart ou Beethoven, il se dit qu'il y a quelque chose d'autre, mais sans pouvoir définir de manière plus précise ce qu'est ce "quelque chose d'autre". C'est exactement la position dans laquelle je suis aussi.
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Thursday, May 1, 2008
Thursday, September 13, 2007
La Vérité
"Il suffit, pour la Vérité, d'apparaître une seule fois dans un seul esprit, pour que rien ne puisse jamais plus l'empêcher de tout envahir et de tout enflammer."
(Teilhard de Chardin, cité par Édith de la Héronnière dans "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Bien finir")
(Teilhard de Chardin, cité par Édith de la Héronnière dans "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Bien finir")
De l'évolution du monde
«Le monde ne tient, ne peut avancer, et ne peut se consommer, que sous l'action d'une puissance qui soit de l'espèce d'un "amour". Voilà pourquoi, autant je sympathise avec la foi "totalitaire" des fronts populaires, autant je me rends à l'évidence que leurs formes impersonnelles d'idéal ("l'Humanité, la Société", a fortiori la Race ou l'Empire des fascismes !), sans âme ni "figure", vont à tuer le bourgeon même de l'Évolution qu'ils veulent promouvoir et sauver.»
(Teilhard de Chardin, cité par Édith de la Héronnière dans "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "L'Énergie humaine")
(Teilhard de Chardin, cité par Édith de la Héronnière dans "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "L'Énergie humaine")
Tuesday, September 11, 2007
Croire n'est pas voir
"«Croire n'est pas voir, dit Teilhard. Autant que personne, j'imagine, je marche parmi les ombres de la foi.»
Et il ajoute:
«Les ombres de la foi... Pour justifier cette vérité si étrangement incompatible avec le soleil divin, les docteurs nous expliquent que le Seigneur, volontairement, se cache, afin d'éprouver notre amour. Il faut être incurablement perdu dans les jeux de l'esprit, il faut n'avoir jamais rencontré en soi et chez les autres la souffrance du doute, pour ne pas sentir ce que cette solution a de haïssable. [...]
Non, Dieu ne se cache pas, j'en suis sûr, pour que nous le cherchions - pas plus qu'il ne nous laisse souffrir pour augmenter nos mérites. Bien au contraire, penché sur la Création qui monte à lui, il travaille de toutes ses forces à la béatifier et à l'illuminer. Comme une mère, il épie son nouveau-né. Mais mes yeux ne sauraient encore le percevoir. Ne faut-il pas justement toute la durée des siècles pour que notre regard s'ouvre à la lumière ?
Nos doutes, comme nos maux, sont le prix et la condition même d'un achèvement universel. J'accepte, dans ces conditions, de marcher jusqu'au bout sur une route dont je suis de plus en plus certain, vers des horizons de plus en plus noyés dans la brume.
Voilà comment je crois.»
(Teilhard de Chardin, cité par Édith de la Héronnière dans "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Le Tournant")
Et il ajoute:
«Les ombres de la foi... Pour justifier cette vérité si étrangement incompatible avec le soleil divin, les docteurs nous expliquent que le Seigneur, volontairement, se cache, afin d'éprouver notre amour. Il faut être incurablement perdu dans les jeux de l'esprit, il faut n'avoir jamais rencontré en soi et chez les autres la souffrance du doute, pour ne pas sentir ce que cette solution a de haïssable. [...]
Non, Dieu ne se cache pas, j'en suis sûr, pour que nous le cherchions - pas plus qu'il ne nous laisse souffrir pour augmenter nos mérites. Bien au contraire, penché sur la Création qui monte à lui, il travaille de toutes ses forces à la béatifier et à l'illuminer. Comme une mère, il épie son nouveau-né. Mais mes yeux ne sauraient encore le percevoir. Ne faut-il pas justement toute la durée des siècles pour que notre regard s'ouvre à la lumière ?
Nos doutes, comme nos maux, sont le prix et la condition même d'un achèvement universel. J'accepte, dans ces conditions, de marcher jusqu'au bout sur une route dont je suis de plus en plus certain, vers des horizons de plus en plus noyés dans la brume.
Voilà comment je crois.»
(Teilhard de Chardin, cité par Édith de la Héronnière dans "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Le Tournant")
Wednesday, September 5, 2007
De l'immortalité
"Depuis toujours a subsisté en lui le goût de l'Inaltérable, seul susceptible de mouvoir l'homme et preuve, par cet attrait même, qu'«il y a de l'immortel en avant de nous».
«Pour mettre en branle la chose, si petite en apparence, qu'est une activité humaine, il ne faut rien moins que l'attrait d'un résultat indestructible. Nous ne marchons que sur l'espoir d'une conquête immortelle.»
Considération métaphysique dont les fondements sont avant tout psychologiques puisque la perspective d'une mort totale interromprait immédiatement tout effort et tout travail de l'homme dans le monde. Mais quel est cet Immortel, sinon «le meilleur de nous-mêmes»: «Ce que je parviens à faire d'incommunicable, d'unique, au fond de moi-même. Ma personnalité, c'est-à-dire le centre particulier de perception et d'amour que ma vie consiste à développer, voilà mon vrai trésor.»
Loin de se perdre dans l'union au Tout, ce que nous avons de plus personnel nous fait entrer dans l'Universel.
Une vérité si constamment vérifiée dans la création artistique."
(Édith de la Héronnière, "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Le Tournant")
«Pour mettre en branle la chose, si petite en apparence, qu'est une activité humaine, il ne faut rien moins que l'attrait d'un résultat indestructible. Nous ne marchons que sur l'espoir d'une conquête immortelle.»
Considération métaphysique dont les fondements sont avant tout psychologiques puisque la perspective d'une mort totale interromprait immédiatement tout effort et tout travail de l'homme dans le monde. Mais quel est cet Immortel, sinon «le meilleur de nous-mêmes»: «Ce que je parviens à faire d'incommunicable, d'unique, au fond de moi-même. Ma personnalité, c'est-à-dire le centre particulier de perception et d'amour que ma vie consiste à développer, voilà mon vrai trésor.»
Loin de se perdre dans l'union au Tout, ce que nous avons de plus personnel nous fait entrer dans l'Universel.
Une vérité si constamment vérifiée dans la création artistique."
(Édith de la Héronnière, "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Le Tournant")
Wednesday, August 22, 2007
Ode à la recherche
"Plus fort que tous les échecs et tous les raisonnements, nous portons en nous l'instinct que, pour être fidèles à l'existence, il faut savoir, savoir toujours plus, et pour cela chercher, chercher toujours davantage, nous ne savons pas exactement quoi, mais quelque chose qui, sûrement un jour ou l'autre, pour ceux qui auront sondé le Réel jusqu'au bout, apparaîtra."
(Teilhard de Chardin, "L'avenir de l'Homme", cité par Édith de la Héronnière dans "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Exil illimité")
(Teilhard de Chardin, "L'avenir de l'Homme", cité par Édith de la Héronnière dans "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Exil illimité")
Thursday, August 16, 2007
Les nomades
"Nous devons, dans une certaine mesure, chercher un havre stable. Mais si la Vie nous arrache sans cesse, sans nous laisser nous fixer nulle part, il y a peut-être là un appel et une bénédiction: le Monde n'est compris et sauvé que par ceux qui n'ont pas où reposer leur tête."
(Teilhard de Chardin, cité par Édith de la Héronnière, "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Dans les Ordos")
(Teilhard de Chardin, cité par Édith de la Héronnière, "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Dans les Ordos")
Wednesday, August 15, 2007
Du Mal
Une conception du Mal intéressante:
"Quant à la notion de péché originel de ce premier homme hypothétique, et quant à la survenue du Mal dans le monde, Teilhard en émet une conception liée à la perspective évolutionniste: "Le péché originel, pris dans sa généralité, n'est pas une maladie spécifiquement terrestre ni liée à la génération humaine. Il symbolise simplement l'inévitable chance du Mal [...] attachée à l'existence de tout être participé. Partout où naît de l'être in fieri*, la douleur et la faute apparaissent immédiatement comme son ombre, non seulement par suite de la tendance des créatures au repos et à l'égoïsme, mais aussi (ce qui est plus troublant) comme accompagnement fatal de leur effort de progrès. Le péché originel est l'essentielle réaction du fini à l'acte créateur. Inévitablement, à la faveur de toute création, il se glisse dans l'existence. Il est l'envers de toute création.""
* En devenir.
(Édith de la Héronnière, "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Un baptême dans le Réel")
Ce qui m'intéresse dans sa conception est la généralisation à tous les êtres vivants, et pas seulement aux êtres humains, qui sont toujours les seules créatures auxquelles la religion chrétienne s'intéresse, comme si le reste de la création ne comptait pas.
"Quant à la notion de péché originel de ce premier homme hypothétique, et quant à la survenue du Mal dans le monde, Teilhard en émet une conception liée à la perspective évolutionniste: "Le péché originel, pris dans sa généralité, n'est pas une maladie spécifiquement terrestre ni liée à la génération humaine. Il symbolise simplement l'inévitable chance du Mal [...] attachée à l'existence de tout être participé. Partout où naît de l'être in fieri*, la douleur et la faute apparaissent immédiatement comme son ombre, non seulement par suite de la tendance des créatures au repos et à l'égoïsme, mais aussi (ce qui est plus troublant) comme accompagnement fatal de leur effort de progrès. Le péché originel est l'essentielle réaction du fini à l'acte créateur. Inévitablement, à la faveur de toute création, il se glisse dans l'existence. Il est l'envers de toute création.""
* En devenir.
(Édith de la Héronnière, "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Un baptême dans le Réel")
Ce qui m'intéresse dans sa conception est la généralisation à tous les êtres vivants, et pas seulement aux êtres humains, qui sont toujours les seules créatures auxquelles la religion chrétienne s'intéresse, comme si le reste de la création ne comptait pas.
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