Saturday, July 14, 2007

Choix de société

Comme le dit l'Abbé Pierre (Mémoire d'un croyant), "l'Évangile, s'il n'est pas directement un message politique, a nécessairement des conséquences, de profondes répercussions dans le domaine politique."
Voici un passage du chapitre intitulé "Frères humains":

"Voulons-nous une société solidaire, qui serve en premier les plus faibles et les plus souffrants ? Ou au contraire une société individualiste qui laisse les forts écraser les faibles ou qui les abandonne au bord du chemin ? Dans le premier cas, nous lutterons de toutes nos forces pour réduire les inégalités et nous garantirons une paix sociale durable. Dans l'autre, nous laisserons croître les disparités et les situations d'injustice, et nous serons confrontés à une constante colère sociale. N'est-ce pas malheureusement la voie dans laquelle nos sociétés les plus riches semblent avoir choisi de s'engager ?" [...]
"Je l'ai dit, c'est un véritable choix de société que nous avons à faire: servir en premier les plus forts ou bien les plus faibles. Et c'est ce choix qui détermine la grandeur ou la bassesse d'une famille, d'une tribu, d'un pays ou d'une civilisation."

Ce sont ces valeurs, que l'on peut avoir même sans être croyant, qui m'attirent plutôt vers les idées de gauche que vers les idées de droite. La droite essaie d'ailleurs toujours de se défendre de promouvoir l'individualisme et l'égoïsme, en invoquant des raisons pragmatiques ("nous sommes juste réalistes"), mais les résultats sont clairs !
Alors je me suis toujours demandé comment on pouvait être à la fois chrétien et de droite, à moins de ne pas avoir compris le message de partage et de solidarité du Christ...

7 comments:

Daniel said...

Etre de droite c'est par exemple préferer que ce type d'effort soit mené par chacun individuellement

etre de gauche c'est faire confiance à l'etat pour organiser la redistribution des richesses

Il suffit donc de constater a quel point l'etat est un gestionnaire calamiteux pour changer de bord en gardant le même idéal...

Cedric said...

C'est justement parce que lorsque l'État ne s'en occupe pas personne ne s'en occupe qu'il y a des gens comme l'Abbé Pierre qui consacrent leur vie à combattre des injustices criantes comme les sans-abris.

Je ne crois pas une seconde que si l'on ne force pas les gens à redistribuer un peu leur richesse ils le feront d'eux même de manière suffisante pour que tous aient le minimum décent pour vivre.

Daniel said...

on peut forcer la resdistribution mais egalement l'inciter, en utilisant des leviers fiscaux

Meme si la cause aprait juste je suis toujours dérangé par l'idée de penser à leur place ce que les autres devraient faire de leur argent.

Il est facile de redistribuer l'argent de tiers. Moins le sien.

François said...

Etre de droite, c'est aussi croire en un ideal que le laisser-faire produira la sociéte la plus juste.

Etre de gauche, c'est croire que l'on peut aider les gens seulement en passant par un Etat.

Dans le premier cas, l'Histoire a suffisamment vécu de capitalisme pour qu'elle ait deja appris les leçons qu'une sociéte juste ne peut pas être atteinte seulement par le laisser-faire. L'ignorer, c'est faire du revisionisme de la Révolution Industrielle de 1850 a 2007.

Dans le second cas, la gauche, à mon avis, est resté accrochée à un vieux modèle de Nation ou l'Etat seul serait le garant moral de la santé de la sociéte. Là-encore, l'Histoire nous montre que cet extrême n'est pas viable non plus.

Personnellement, si la Droite continue sur ce chemin du laissez-faire, nous allons tous droit vers une auto-destruction, physique et morale. Je suis beaucoup plus optimiste pour la Gauche, qui a la possibilité, si elle le veut, de fusionner les idées d'entraides avec les idées d'entreprises personnelles, l'idée qu'on peut aider les autres tout en développant l'économie.

Les deux approches sont loin d'être incompatibles. Nous verrons qui sera assez mur, d'entre le clergé de Droite et le clergé de Gauche, pour accepter ses défauts et progresser.

Daniel said...

J'ajoute qu'en France nous sommes loin de ne pas redistribuer du tout.
En effet la France est le pays ou le taux des impots est le plus élevé d'Europe.

A partir d'un certain seuil le prelevement en vue de redistribution a des effets rétroactifs négatifs sur l'économie:
on a plus de moyens pour les plus démunis mais dans le meme temps on crée de nouveaux pauvres via l'augmentation du chomage

si les choses étaient si simple qu'il suffisse de faire preuve de générosité pour supprimer la pauvreté ne crois tu pas qu'on en aurait fini depuis longtemps ?

Cedric said...

Je pense qu'il y a assez de nourriture et de materiaux sur terre pour que tous les etres humains puissent vivre decemment. Donc oui if "suffirait" que tous fassent preuve de generosite et de partage pour que le probleme de la pauvrete soit regle. Mais tout le probleme est la: il suffit de quelques personnes qui veulent avoir la plus grosse part du gateau pour que le systeme derape. D'ou la necessite que la societe dans laquelle s'organisent les humains mette en place des mecanismes visant a limiter la taille de la part qu'un individu puisse se tailler pour lui seul. Je ne dis pas qu'il faille que tout le monde ait exactement la meme part, parce que malheureusement l'homme est souvent motive par l'envie de faire mieux que son voisin, de gagner plus, pour se sentir superieur. Le capitalisme utilise ce penchant de l'homme a merveille pour lui faire faire plus de choses qu'il ferait sous n'importe quel autre systeme. Donc oui, motivons les gens en leur disant que s'ils travaillent plus ou font un boulot plus difficile que la moyenne, ils gagneront plus que la moyenne. Mais moderons les differences. Il est pour moi revoltant de voir que certains PDGs gagnent 100 fois plus que le smic. Cette disparite n'est pas du tout justifiee pour que le PDG soit motive a donner le meilleur de lui-meme. Une petite difference, significative quand meme, suffit. Si nous laissons la droite accentuer encore ces disparites sans resoudre la pauvrete, je te promets que le systeme explosera !

Daniel said...

Il ne faut pas jeter la pierre aux PDG, d'autres dans le systeme se gavent bien plus en apportant encore moins de valeur

Je partage ton avis que les rémunérations de certains sont indécentes vis à vis des autres (cf ma réponse à Davy sur les rémunérations des sportifs). Qu'un mode de rétribution plus équilibré est à trouver.

Mais d'un autre coté il faut être conscient que la rémunération à la pénéibilité du travail est une impasse. Cela a recemment été en débat à propos de l'age de la retraite: c'est vrai que des gens qui ont un travail dur devraient avoir leur retraite plus tot.
Mais les équipes qui ont bossé là dessus arrivent à la conclusion que le seul moyen de mesurer la pénibilité, c'est via l'espérance de vie.
Or d'autres facteurs influent sur l'espérance de vie (lieu d'habitation, sexe, alimentation...)
Cela induit donc d'autres inégalités !
Casse tête...