Monday, September 1, 2008

Nucléaire : la solution miraculeuse ?

À la question de Frédéric Lenoir:
"Tout bien considéré, le nucléaire n'apparaît-il pas comme la meilleure solution présente, dans la mesure où il ne participe pas au réchauffement de la planète ?"
Hubert Reeves répond:
"Effectivement, le nucléaire semble à première vue le moyen idéal pour résoudre à la fois le problème de l'énergie et celui du réchauffement. J'ai d'ailleurs été naguère un ardent défenseur de ce mode d'énergie. Pourtant je vais expliciter mes réticences et essayer de montrer qu'à mon avis c'est une mauvaise solution, dont il faudrait se passer le plus vite possible. [...]
Pendant des années j'ai continué à penser que l'énergie nucléaire civile était vraiment l'énergie de l'avenir et que les problèmes techniques seraient rapidement résolus (la « fuite en avant » : une attitude qui a joué et qui continue à jouer un grand rôle chez les protagonistes du nucléaire). [...] Car les problèmes posés par ce mode d'extraction de l'énergie se sont révélés beaucoup plus coriaces que prévu. Je me suis peu à peu rendu compte que l'humanité se lançait dans une technologie que personne ne maîtrisait : ni le problème des déchets ni les conséquences d'un accident majeur.
Mais ce qui me paraît le plus préoccupant, c'est l'hypothèque qu'il fait peser sur nos enfants et petits-enfants. Entre la construction des centrales, leur démantèlement et la désactivation des déchets nucléaires, il peut se passer de nombreuses décennies, voire plusieurs siècles.
Or, aucun pays aujourd'hui ne peut être assuré d'une stabilité économique à l'échelle de siècles ou même de décennies. Les empires finissent toujours par s'effondrer. Prenons comme exemple le cas de l'Argentine, prospère jusqu'aux années 1930 et aujourd'hui en pleine débâcle économique. Qui dans ce pays pourrait aujourd'hui payer pour le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des noyaux radioactifs à longue vie ? Le krash de 1929 a montré la fragilité des économies mondiales à l'échelle de quelques mois. Et imaginons qu'à la place des pyramides les Égyptiens aient bâti des réacteurs et que dans les souterrains de Gizéh et de Carnac soient stockées d'immenses quantités de matériaux radioactifs. Qui s'en serait occupé après l'écroulement de l'Empire égyptien ?
Le nucléaire, c'est « après nous le déluge ! » ou, si vous préférez, « profitons-en maintenant et laissons nos descendants payer la note s'ils en sont encore capables ». Et l'idée que d'autres industries en font autant n'est guère une excuse acceptable."

Hubert Reeves, Mal de Terre, chapitre "Quelles énergies pour demain ?".

7 comments:

Davy said...

Bof, à ta place je n'aurais pas relevé cette citation. Cela manque d'arguments contradictoires (à moins que les parties coupées les contiennent ?). Le sujet du nucléaire en comporte un très grand nombre et je n'ai pas d'opinion ferme sur ce point. Je trouve que cette citation de Reeves arrive trop vite à une conclusion un peu simpliste qui condamne une technologie qui, si on devait se poser la question de la développer, pourrait effectivement nécessiter une sérieuse analyse.
Mais maintenant que nos prédécesseurs ont fait le choix d'y aller et qu'il faut de toute façon traiter des quantités déjà importantes de déchets, autant continuer à utiliser la techno, ce qui évitera d'aller trop vite vers le déclin de notre civilisation nucléaire...
Ceci n'est bien sûr qu'une proposition discutable ;-)

Cedric said...

Les parties coupées ne contiennent que des anecdotes qui n'apportent pas d'arguments nouveaux.
Par contre je recommande la lecture du chapitre "Quelles énergies pour demain ?", qui approfondit les arguments mentionnés dans ce post, et discute bien d'autres aspects du nucléaire. Par exemple le fait que le nucléaire à neutrons lents n'est pas une solution à plus long terme que les énergies fossiles puisque les réserves sont prévues d'être épuisées avant la fin du siècle, avec le nucléaire à neutrons rapides on pourrait durer quelques milliers d'années, et finalement la fusion serait la solution miracle, mais on est encore loin de pouvoir la contrôler technologiquement, alors parier qu'on va y arriver avant que les ressources fossiles s'épuisent relève de la fuite en avant !

Cette citation apporte cependant un argument de taille au débat : celui de l'hypothèque de l'avenir. Cela rejoint le fameux principe de précaution. Pour moi il n'est pas sage de s'être lancé dans une technologie dont on ne maîtrise pas certains aspects d'une importance capitale, en se disant simplement qu'on trouvera bien la solution dans le futur. Et le fait qu'on l'ai fait quand même ne m'empêche pas de continuer à penser que c'est une mauvaise solution...

Davy said...

On a beau retourner le problème dans tous les sens, qu'il s'agisse de changement climatique ou de peak oil, la seule solution raisonnable physiquement est de réduire notre consommation énergétique d'un facteur... 2-3 à l'échelle mondiale, 4-10 pour les pays occidentaux. Le tout en attendant de développer des technologies de production énergétique propres : éolien, solaire, fusion si on arrive un jour à la maîtriser, sachant que contrairement à ce qu'on croit la fusion n'est pas si propre que ça, elle produit des neutrons excédentaires qui bombardent l'enceinte de la centrale et produit des déchets radioactifs : les murs qui servent à absorber les neutrons...
La question que je me pose est simple :
1) est-ce qu'on arrivera à juguler notre appétit énergétique avant que le climat nous fasse payer nos émissions de CO2 excessives ou que le manque de ressources fossiles ne crée une guerre mondiale "définitive" ?
2) est-ce que, si ony arrive, on arrivera à stabiliser une population en nombre suffisant et un niveau de vie suffisant pour conserver des capacités d'éducation, d'enseignement et de recherche pour maintenir un réel progrès, ou est-ce qu'on devra se résoudre à accepter le recul, au moins dans certains domaines (abandonner l'étude de certaines langues, la conservation d'une partie denotre patrimoine historique, etc.) ?

Cedric said...

Les réponses à ces questions vont dépendre de la trajectoire que l'humanité va suivre dans les prochaines décennies. Vu comme c'est parti, il faut beaucoup d'optimisme pour espérer répondre positivement à ces questions...

François Ascani said...

Un argument optimiste pour l'avenir est la stabilisation de la population. La population japonaise et allemande decline. Et l'on sait que developpement va avec une reduction de la natalite pour plusieurs raisons, economiques, politiques et sociales.

On peut imaginer que tous les pays du monde atteignent ce niveau de developpement et ou un couple est remplace par deux enfants, ni plus, ni moins. On arriverait ainsi a maintenir la population, sa sante et ses emplois, sans pour autant que cela soit suivi d'une croissance du tout.

Bien sur, la ou l'optimisme s'arrete est lors ce que l'on se pose combien de tmeps faudrait-il pour que le monde atteigne ce niveau, sans meme penser a la difficulte d'y arriver.

Mais au moins, cette idee a l'avantage de peut-etre plaire a tout le monde?

François Ascani said...

Un argument optimiste pour l'avenir est la stabilisation de la population. La population japonaise et allemande decline. Et l'on sait que developpement va avec une reduction de la natalite pour plusieurs raisons, economiques, politiques et sociales.

On peut imaginer que tous les pays du monde atteignent ce niveau de developpement avec un couple 'remplace' par deux enfants, ni plus, ni moins. (Je sais c'est mathematiquement froid. Desole). On arriverait ainsi a maintenir la population, sa sante et ses emplois, sans pour autant que cela soit suivi d'une croissance economique du tout.

Bien sur, c'est juste une idee optimiste. Il faudrait calculer le nombre maximum de personnes que la Terre pourrait maintenir avec le niveau de developpement exige. On est deja sur un terrain glissant. En plus, c'est la theorie egoiste par excellence.

Vous les experts economiques, quelle portion de la croissance est due uniquement a la croissance demographique?

Cedric said...

Pourquoi dis-tu que c'est la théorie egoïste par excellence ?

Je ne suis pas un expert économique, alors je ne sais pas répondre à ta dernière question...