Sunday, August 12, 2007

Une idée épique de la vie

Ah, voici enfin quelqu'un qui parle de motivations pour se dépasser soi-même dans la vie autres que le combat, la compétition, les récompenses matérielles, qui sont des motivations trop égocentriques à mon goût:

"L'aspect sacramental de la vie, le goût de la terre, le simple amour des pierres, l'énergie humaine, le devoir de recherche, le sens de l'évolution intérieure et des transformations qu'elle induit, tout cela couronné par une conception de la vie comme une traversée montante au cours de laquelle il s'agit de donner le meilleur de nous-même, de se décarcasser à en mourrir - une idée épique de la vie, peut-être - me sont plus que sympathiques."

(Édith de la Héronnière, "Teilhard de Chardin, une mystique de la traversée", chapitre "Introduction").

2 comments:

François Ascani said...

"devoir", "le sens de l'évolution intérieure et des transformations qu'elle induit", "traversée montante", "se décarcasser à en mourrir", "épique"

pour moi sont loin d'être des motivations simples, nées de nulle part, par pureté mais plutôt des motivations nées aussi du combat, terme que j'emplois ici de maniène générale, pas simplement combats entre le sujet et son evironnement. Il y a d'ailleurs un concept très fort qui existe dans l'Islam et qui a été mis en demeure depuis une centaine d'années qui est le concept de l'Itidjha, qui peut se traduire litteralement comme le combat intérieur. Ce combat existe bien sûr dans bien d'autres religions. Ce combat-là est aussi important et je te rejoins la-dessus.

Maintenant à dire que ce combat est désintéréssé, je suis moins d'accord. Il est peut-être le plus égoiste des combats. Combat sur soi, pour s'amélorier, dont le sujet est sa propre personne. Le cas extrême serait les bodybuildeurs ou les mannequins par exemple. Sûr, il n'y pas de victime que soi-même, mais il reste centré sur soi et reste basé sur la compétition, le gradient psychologique que la personne s'est construite et qui est mis comme but à affronter, à dépasser, à térasser. Maintenant, tu peux dire que certains combats sont peut-être plus purs que d'autres, plus "noble" -si j'ose le parallèle avec "épique". Mais, il n'en reste que fondamentalement, ces motivations-là restent des combats.

De ce que tu nous as décris ces derniers temps, parmi les motivations qui te plaisent ne seraient-elles pas plus celles qui consistent à faire de l'art pour l'art, "art for the sake of art", de la science pour la science, etc? Ces motivations ne sont-elles pas qualifiées de motivations sans gradient, sans montagnes à gravir, sans but à atteindre, sans intérêts, presque déprivées de sens, de raison, irrationnellles, impersonnelles, libres comme le vent, quelquesoit l'issue?

Cedric said...

Je n'ai jamais dis que les motivations devaient venir de nulle part pour être pures. Je ne pense pas d'ailleurs qu'on puisse être motivé sans raison. Par exemple ce qui motive un artiste, je pense, est d'exprimer la beauté, ou bien son être intérieur. Ce qui motive un chercheur est une curiosité intellectuelle, une soif d'apprendre, de comprendre.

Je ne rejette pas non plus le combat au sens général. Le combat intérieur est essentiel si l'on veut arriver à ne pas succomber aux penchants négatifs de la nature humaine, mais cultiver en soi les penchants positifs, afin de pouvoir aider et aimer mieux les autres. Je ne pense donc pas que ce soit le plus égoiste des combats, puisque c'est un combat nécessaire afin de surmonter l'égoisme justement. L'Abbé Pierre a passé plusieurs années de sa vie à méditer dans des monastères. On aurait pu le qualifier d'égoiste, de passer son temps à ne s'occuper que de sa personne plutôt que des autres, mais comme il le dit, sans ces années de méditation, il n'aurait jamais trouvé la force de faire ce qu'il a fait.

Je reconnais même que la compétitivité peut avoir des bons effets, lorsqu'il s'agit de se dépasser dans des activités que l'on ne peut pas faire tout seul, à condition toutefois de respecter son adversaire, de ne pas chercher à l'écraser, à le dominer. C'est ce penchant qui souvent est exacerbé par la compétitivité qui me fait m'en méfier, et qui malheureusement n'est pas combattu mais plutôt entretenu par le capitalisme.