Sunday, January 13, 2008

Biopiraterie

"La biopiraterie est l'une des manisfestations les plus brutales de l'exclusion. De mémoire de paysan, une partie de la récolte est réutilisée pour l'ensemencement. C'est un cycle naturel de la vie rurale: semailles, moisson, semailles. L'irruption des plantes transgéniques a cassé ce cycle. Désormais, les variétés aux gènes modifiés bénéficient d'un brevet et il est interdit, sous peine d'amende, de les réensemencer à partir d'une récolte. Le paysan doit passer par le fabriquant de graines, qui les revend à son tour. Comme les paysans passaient outre, malgré les appels à la délation, les enquêteurs privés, les procès et les amendes extrêmement sévères, les firmes ont mis au point des graines stériles après usage. Elles ne servent qu'une fois. Le cycle de la reproduction est définitivement rompu. La firme Monsanto, multinationale qui « fait la guerre au vivant », selon la belle expression de Jean-Pierre Berlan*, considère que la nature est, par essence, pirate, voleuse et libertaire, avec sa manie de se reproduire tranquillement hors des phénomènes d'exclusion et d'appropriation privée, et l'agriculteur, qui vit à son rythme, un receleur: « Le but des industriels semenciers est donc de séparer la production de la reproduction. Au paysan la production, au capital le privilège de la reproduction », écrit Jean-Pierre Berlan.

* La Guerre au vivant. OGM et autres mystifications scientifiques

Bernard Maris, dans l'Antimanuel d'économie. 2. Les cigales, chapitre "Les brevets sont-ils un frein à l'invention ?".

Je tombe des nues (je n'étais pas au courant de cet aspect des OGMs). C'est inadmissible ! Déjà, je sympatisais avec la cause de José Bové, par principe de précaution (on ne joue pas avec la nature, car les liens entre les êtres vivants sont tellement compliqués qu'il est très difficile de prévoir les conséquences d'une introduction dans la nature d'espéces dont certaines caractéristiques ont été modifiées). Maintenant, je comprend pourquoi il en est venu à faire une grève de la faim il y a quelques jours pour que les promesses du gouvernement concernant le moratoire sur les OGMs soient tenues.
Ah, les belles paroles des supporteurs des OGMs, comme quoi ils vont permettre de résorber la famine dans le monde. Et si les pauvres n'ont pas les moyens d'acheter des nouvelles graines à chaque nouvelle semence, à quoi cela va-t'il leur servir d'avoir du maïs qui résiste à telle maladie ou à tel prédateur, juste pour une récolte ?
C'est encore un exemple où, si les choses avaient été faite de manière collective, de sorte que la plante "améliorée" soit gratuite et puisse se reproduire toute seule (et en ayant fait tous les tests nécéssaires pour garantir aussi faire se peut l'inoffensivité de la nouvelle plante sur son environnement), nous arriverions à une solution bien meilleure qu'en laissant les choses dans les mains du privé. J'ajouterais donc cet autre principe: on ne privatise pas le vivant, qui est par essence collectif.

2 comments:

François Ascani said...

Encore une fois, cela tombe dans le débat privé/public qui est à mon avis au mieux distrayant, au pire stérile.

Privé ou pas, l'IDEE de créer une graine tellement "sous-naturelle" qu'elle ne permet pas de se reproduire, trahissant ainsi un des piliers du Darwinisme, est effectivement très dangereux et les avantages ne font effectivement pas le poids face aux inconvénients et aux possibles désastres (un mot peut-être bien loin de la réalité) écologiques.

Cette notion d'"ennemi du vivant" est bien trouvée et je te rejoins sur ta réaction. Ce danger est malheureusement peut-être plus éminent que le rechauffement planétaire, s'il n'est déjà pas trop tard...

Parle à Cam de ce problème, il s'y connait bien.

Cedric said...

Je pense que le débat privé/public est important ici, dans la mesure où une idée aussi tordue que de modifier le code génétique de plantes pour les rendre stériles (quelle "amélioration" !) n'aurait jamais germé si on avait essayé d'utiliser la science pour le bien de tous plutôt que pour le profit de quelques-uns.

Une autre abbération liée à l'appropriation des biens collectifs par un petit groupe de personnes est le fait que les brevets qui protègent les OGMs s'appliquent à quiconque se retrouverait avec des OGMs dans son champ, même indépendamment de sa volonté ! Et comme les plantes ont la fâcheuse manie de se reproduire aussi ailleurs que là où elles ont poussé, un agriculteur dont le champ aurait été contaminé par des OGMs venant d'un champ voisin se retrouverait à devoir payer une amende à Monsento !! Sauf si tous les OGMS utilisés ont étés rendus stériles... Mais on peut très bien imaginer que les companies fabriquant des OGMs les laissent fertiles justement pour qu'ils se reproduisent partout, remplacent les plantes "naturelles" (grâce aux avantages conférés par leurs modifications génétiques), afin que tous les agriculteurs finissent par dépendre d'eux...

En l'état actuel des choses, je considère donc que José Bové est non seulement dans le droit d'arracher des champs d'OGMs qui poussent en plein air, mais qu'en plus il s'agit d'un devoir de citoyen responsable !