Thursday, January 10, 2008

La propriété

"Dernier pilier du système à ébranler: la propriété. Internet a permis la progression de phénomènes comme Napster (logiciel de partage de fichiers musicaux) qui sont de véritables atteintes au droit de propriété (comme la photocopie est une atteinte aux droits d'auteur et d'éditeur), et surtout de phénomènes comme le logiciel libre, totalement inadmissibles et incompréhensibles par l'économie capitaliste.
Les défenseurs du logiciel libre (comme Linux) sont dans l'autre économie. Au départ, des informaticiens passionnés, des geeks, lancent un projet sur le Net, pour échapper au diktat de Microsoft qui fonctionne selon la vieille économie: rareté et péage. L'amélioration du logiciel est menée par une communauté d'utilisateurs potentiels éparpillés dans le monde, qui fonctionne selon le principe du plaisir et du don. Chacun apporte sa pierre au logiciel. Au total, celui-ci se révèle bien plus efficace que le logiciel concocté dans le secret et protégé par un brevet, Microsoft, à tel point que de grands groupes comme IBM l'ont adopté.
Le logiciel libre retrouve une vieille lune de l'anticapitalisme: la société coopérative. Des ouvriers, des artisans, unissent leurs efforts pour produire un bien en se redistribuant les profits.
L'information semble être un « bien », une dimension de l'humanité, inépuisable, non polluante et susceptible de croître à l'infini. Elle peut être fournie par les uns sans qu'ils s'appauvrissent, chose qui est inadmissible pour l'économie de marché, fondée sur la rareté et l'exclusion. Elle recèle l'abondance et la propriété collective..."

Bernard Maris, dans l'Antimanuel d'économie. 1. Les fourmis, chapitre "L'autre économie".

2 comments:

Daniel said...

le modele du libre n'est pas incompatible avec l'economie de marché

Des sociétés comme RedHat prosperent sur le libre


La société de l'information nécessite surtout de faire évoluer le cadre de la propriété

voir les propositions de Creative Commons...

Cedric said...

En effet, RedHat est un bon exemple de la nouvelle économie dont parle Bernard Maris: au lieu de capitaliser sur le secret et l'utilisation payante, comme Windows, on met le code source à disposition de tout le monde, pour que chacun puisse y apporter sa pierre, ce qui donne un résultat bien meilleur que celui du secret, et on ne fait payer que ce qui requiert un service professionnel (support 24x7, formation, etc...).
Note que pour qu'un tel système fonctionne, il faut que les gens donnent gratuitement leur temps et leur savoir-faire, sans chercher une compensation monétaire. Ils en retirent un système d'exploitation robuste gratuit, qu'ils peuvent améliorer eux-mêmes !